Budget, le dessous des cartes

Un chronique de Jean-Christophe Le Duigou, membre du Bureau confédéral de la CGT de 1999 à 2009 (publiée dans l’Humanité le 27 septembre).

Voici le gouvernement empêtré dans sa gestion des finances publiques. Va-t-il faire passer sa Loi de Programmation grâce à l’abstention du RN ? Comment va-t-il trouver les milliards chaque année nécessaires pour financer le plan de lutte contre le changement climatique ? Où ira-t-il chercher le moyen de couvrir le renchérissement de 30 Mds de sa dette dans le budget 2024 ? Et plus trivialement combien de 49.3 va-t-il pouvoir utiliser pour escamoter le débat ? Bercy a déjà livré sa stratégie lors des « assises des finances publiques » organisées le lundi 19 juin, à Bercy. Il s’agit selon Bruno Le Maire de « passer au crible la situation des finances publiques » c’est-à-dire des comptes de l’état, des collectivités locales et de la sécurité sociale, après la crise du Covid. Une telle rencontre aurait pu receler un grand intérêt en confrontant différents points de vue sur la manière de faire face aux déséquilibres actuels dans une conjoncture marquée par la hausse des taux d’intérêt. Hélas on en était loin !

Du beau monde mais pas d’esprits critiques. Outre le Ministre de l’économie et des finances, son collègue chargé des Comptes publics, Gabriel Attal, Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, des participants aux tables rondes dont la composition ne laissait guère de place à la contestation puisque venant presque tous des « organisations du consensus » : la direction du Trésor, la Cour des comptes, l’OCDE. Les trois principales associations d’élus locaux, en désaccord avec l’analyse de la situation, avaient d’ailleurs décidé de bouder l’événement. Toutes dénonçant un « jeu de dupes ».

Le « sérieux budgétaire » ou l’austérité renforcée

En réalité, après le soulagement gouvernemental à la suite de la non-dégradation de la notation de la France par S & P, l’une des 2 grandes agences de notation, cette réunion était censée permettre à l’exécutif de réaffirmer un sérieux budgétaire qui n’est en réalité que de l’austérité renforcée. Il lui tardait de signifier l’arrêt des mesures de soutien du fameux programme « quoi qu’il en coûte » à commencer par les 46 milliards du bouclier énergétique. En effet pour Emmanuel Macron excluant toute hausse d’impôt, c’est la dépense publique qui est ciblée. Pour revenir dans les clous, le gouvernement entend donc réduire cette dernière à 53,5 % du PIB en 2027, contre 57,5 % en 2022. L’exécutif a déjà fait des premières annonces, dont un coup de rabot de 2 milliards d’euros porté au soutien public pour le secteur de l’immobilier, jugé inefficace et trop coûteux. Le gouvernement a aussi gelé 1 % supplémentaire des crédits du budget 2023 et demandé aux ministères de dégager 5 % en 2024 pour financer, entre autres, la transition écologique. Il souhaite également accroître les prélèvements sur les énergies fossiles et évoque une réduction des aides à l’emploi. Gabriel Attal a quant à lui cité parmi les pistes de réductions de dépenses envisagées les « indemnités journalières de l’Assurance maladie. »

Une croissance durable : s’attaquer à la manière dont se crée la richesse

À écouter ces annonces on comprend que le gouvernement nous engage dans un long tunnel d’austérité. Parions que les salariés et les ménages modestes, si ce programme va à son terme, en sortiront « lessivés » et que le poids de la dette se sera encore accru. À l’inverse de l’obsession « des économies pour des économies » il faudrait redéfinir les missions publiques et redéployer les ressources dans une perspective de développement humain durable. Il ne s’agit pas d’opérer une simple redistribution salariale. Il faut s’attaquer à la manière dont se crée la richesse, donc à la place du travail dans ce processus. Une croissance durable suppose de faire de nouveaux paris. Cela ne justifie pas des solutions libérales mais appelle au contraire des initiatives pour reconstruire un cadre social garantissant l’avenir pour les salariés et leur famille.

Une telle perspective suppose d’assurer une vraie rupture avec la croissance financière qui nous entraîne dans le cercle vicieux de la dette. Elle rend nécessaire une réforme fiscale d’ampleur : une taxation égale du travail et du capital, le renforcement de la progressivité de l’impôt sur le revenu, la réforme de l’impôt sur les sociétés, un allègement des contributions des ménages les plus modestes, la taxation des revenus spéculatifs, une lutte renforcée contre la fraude fiscale…

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