Inflation et nouvelle phase de la bataille revendicative

(Mise à jour le 29 mai 2023 à 16:15)

Une chronique de Jean Christophe Le Duigou, membre du Bureau confédéral de la CGT de 1999 à 2009, en charge du dossier retraites.

Alors que la croissance est atone, l’inflation est de retour, sur une orbite de 4 à 6 % l’an. Au niveau mondial l’économie semblant combiner inflation et contraction de la demande, entre dans une phase de « stagflation » qui risque de se prolonger.

Les taux d’intérêt redeviennent positifs traduisant une nette « morsure de la finance sur l’économie réelle ». Les pénuries s’installent, elles concernent non seulement l’énergie, mais aussi certains composants électroniques, des vaccins, des médicaments et des produits agricoles de base. L’inquiétude monte autour des exigences écologiques. Demain peut-être, l’eau et/ou les terres agricoles pourraient être à l’origine de conflits dévastateurs ? Le rejet des mauvaises conditions de travail s’accroît, mais c’est le sens même du travail qui est interpellé.

En tout état de cause la reprise d’une inflation qui s’annonce durable est signe d’une nouvelle phase de la crise. Elle traduit les difficultés de valorisation du capital qui cherche une rentabilité artificielle dans la fuite des prix. La hausse des prix permet une déformation de la répartition de la richesse au profit de ceux qui peuvent s’appuyer sur un rapport de force favorable. Lorsque la hausse des taux d’intérêt et la montée des prix s’installent on observe un chassé-croisé des gains et des pertes entre « les agents endettés à taux fixe qui y gagnent alors que les prêteurs y perdent ». Mais surtout l’on constate que sont mis à contribution tous ceux dont les revenus sont réajustés de façon insuffisante ou tardive et qui, de ce fait, doivent supporter durant une période plus ou moins longue une amputation de leur pouvoir d’achat.

Salariés et retraités risquent fort de faire les frais de ce grand Monopoly mondial. Les entreprises dominantes transforment l’inflation en opportunité et profitent de l’occasion pour accroître leurs marges. Elles entendent le faire d’autant plus facilement que les garanties liées aux statuts et aux conventions collectives ont été réduites en matière de chômage, de licenciement, de retraite. Seule demeurant l’indexation du Smic. Le capital peut donc espérer imposer sa loi. Cependant l’inflation contribue à mettre au rencart les ersatz de politique salariale mis en avant tant par le gouvernement que par le Medef : primes ponctuelles pour l’essence, pour l’énergie, prime d’activité pour les petits salaires, prime d’intéressement, défiscalisation, ne répondent guère à la juste exigence de revalorisation des salaires dans cette période difficile marquée par l’inflation.

L’exigence commune à tous les salariés, du privé comme du public d’une revalorisation des salaires et de la création d’une indexation des salaires sur les prix demeure plus que jamais aujourd’hui une « revendication fédérative » comme l’est le refus par tous des 64 ans en matière de retraite. Le mouvement qui se dessine sur le pouvoir d’achat, met en cause la politique d’accaparement de la richesse disponible par les grandes firmes et leurs actionnaires, par les gros patrimoines, telle qu’elle s’est développée depuis 30 ans.

À tous les coups, s’appuyant sur un immense endettement public et privé, facilité par les bas taux d’intérêt, le capital jouait gagnant, les profits augmentant, les dividendes aussi, l’emploi étant la principale variable d’ajustement. La remontée des taux d’intérêt fragilise le château de cartes porté par les marchés financiers et les bulles spéculatives.

Les différentes formes de régulation et de soutien à la rentabilité du capital risquent fort d’imploser et d’aboutir à une dévalorisation des actifs financiers. Ouvrira-t-elle alors la voie à une politique nouvelle de financement de l’économie ? Tout dépendra du nouveau rapport des forces qu’il est possible d’engager après l’affrontement sur les retraites.

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