Austérité, les Français sont « au taquet »

(Mise à jour le 23 avril 2023 à 21:28)

Une chronique de Jean Christophe Le Duigou, membre du Bureau confédéral de la CGT de 1999 à 2009, en charge du dossier retraites.

Les pays développés possèdent tous, à des degrés divers, des systèmes de redistribution sociale dans lesquels l’État intervient de manière directe. Cette redistribution qui a pour nom, « fiscalité », « service public », « sécurité sociale » demeure la bête noire de tous les tenants du libéralisme qui ne cessent de mettre en avant le besoin de sortir d’un système à leurs yeux dispendieux. « Un pognon de dingue » selon le commentaire d’Emmanuel Macron en 202… Alors que les services de Bercy s’affairaient déjà sur « un nouveau programme d’économies budgétaires », le même n’a pas attendu 24 heures pour promulguer la loi réformant les retraites. Gabriel Attal, le Ministre du budget, tentait quant à lui de justifier, dans l’Express, un renforcement de l’austérité . En matière de prélèvements on serait selon le ministre « au taquet » et d’évoquer avec un grand sens de l’euphémisme « une austérité qui n’a pas besoin d’être brutale ».

Pendant que le Président essaye – bien mal ! – de « jouer l’ouverture », les « radicaux de la finance » envoient un message clair aux Français qui commencent à remplir leurs déclarations de revenus : pas question de discuter d’une fiscalité plus juste ! Pour rester un pays « fréquentable », la France devrait réduire la part de sa richesse nationale « maîtrisée » par l’État, notamment les prélèvements publics que sont impôts, redevances et cotisations sociales. Comme si un euro de crédit public était moins productif par nature qu’un euro retournant à la logique du profit financier !

Ce n’est pas un taux global de prélèvements trop élevé qui pose problème c’est celui qui concerne les ménages aux revenus modestes via la CSG et la TVA qui est insupportable. On est « loin du taquet » pour les plus fortunés et les grandes entreprises. Un impôt profondément rénové doit demeurer le socle de politiques publiques ambitieuses. Au vu de l’évolution démographique de notre pays, les besoins pour l’éducation, la santé, la dépendance nécessitent un niveau élevé de prélèvements. À l’heure de la robotisation, du bouleversement des conditions de production, de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique et d’une économie internationalisée, c’est bien une réforme complète de la fiscalité qui est nécessaire.

Si l’on veut plus d’égalité – nos dirigeants s’en préoccupent-ils ? -, c’est à la financiarisation de l’économie qu’il faut s’attaquer en mettant d’abord à contribution les revenus financiers, en réduisant la fraude fiscale, en prélevant sur les trésors de guerre des plus grosses firmes, en procédant à une remise à plat des 200 milliards d’euros d’aides fiscales et sociales octroyées sans garantie ni contrepartie aux entreprises, en réformant la contribution des employeurs à la Sécurité sociale afin de tenir compte des disparités entre entreprises, enfin en corrigeant l’imposition des revenus des ménages en vue d’une progressivité du prélèvement.

Reste l’imposition des gros patrimoines. La revendication du rétablissement de l’ISF est non seulement hautement symbolique mais fait partie du socle de convergences du mouvement social. Pourquoi pas un ISF revisité, un véritable impôt sur le capital, un impôt sélectif qui viendrait sanctionner les gâchis humains et écologiques de l’accumulation capitaliste. Le Président de la République ne peut pas dire que les organisations syndicales n’ont pas mis de propositions sur la table.

Les refus du gouvernement de discuter de ces propositions démontrent bien que l’objectif poursuivi par le discours austéritaire est MOINS de rétablir l’équilibre des comptes publics QUE d’absoudre patronat et gouvernement de la responsabilité de la crise que nous traversons en arguant du fait que par l’expression de besoins sociaux dispendieux, via le RSA, les retraites, l’indemnisation du chômage, nous en porterions tous la responsabilité.

Source : L’Humanité

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