Le premier contre-salon de la vieillesse ouvre ses portes vendredi 17 novembre à Paris

Cardiologue et médecin de santé publique, Véronique Fournier a cofondé il y a deux ans le Conseil national autoproclamé de la vieillesse (CNaV), après un parcours qui l’a menée de Médecins du Monde aux cabinets ministériels (notamment celui de Bernard Kouchner), puis au Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie en passant par le Centre d’éthique clinique de l’AP-HP. Aujourd’hui elle veut faire entendre la voix de celles et ceux qu’elle appelle délibérément, sans euphémisme, les vieilles et les vieux. Et les invite à prendre toute leur place dans la société.

Qu’est-ce qui a motivé la création du Conseil National autoproclamé de la Vieillesse (CNaV) ?

L’idée est née en octobre 2021, à l’occasion d’une grande réunion que nous avions initiée avec pour ordre du jour : « Où en est la loi Gand âge ? ». Nous étions à peu près 200 personnes, et nous avons fait le constat qu’il n’y aurait vraisemblablement pas de loi Grand âge, puisque cela faisait trois fois que les présidents de la République reculaient et refusaient de la mettre à l’ordre du jour.

Selon nous ce n’est pas un hasard. Cela tient au fait que la vieillesse n’est pas une priorité de nos gouvernants. Ils ne sont pas prêts à financer dignement une cinquième branche de la Sécurité sociale. Pour peser sur cet état de fait, le Conseil National autoproclamé de la Vieillesse a donc été fondé officiellement, en décembre 2021.

Quels sont vos combats ?

Dans l’attente d’un hypothétique budget dédié à la dépendance, nous militons pour une autre politique de la vieillesse qui passe par une prise en compte de l’avis et de la vie des vieilles et des vieux. Par exemple quand on pense à la politique de la ville, on peut imaginer des trottoirs plus larges et pas encombrés de trottinettes, qui permettent aux gens de sortir sans peur d’être bousculés et de tomber.

Concernant les logements sociaux, le fait d’avoir plusieurs codes successifs à taper et des portes très lourdes est handicapant, on pourrait y penser à la construction. De même, devoir marcher un kilomètre en tirant sa valise pour monter dans un TGV n’incite pas à voyager. On pourrait imaginer que les cinémas soient systématiquement équipés de casques pour les personnes qui entendent moins bien, et trouver des solutions afin que les vieux n’aient pas à faire la queue debout pendant des heures pour accéder aux musées et institutions culturelles, etc.

Nous pensons que ces petites améliorations de la vie courante pourraient contribuer à l’autonomie des vieux et à leur maintien au sein de la société. Il est important qu’ils soient présents dans l’espace public car enfermés chez eux, ils sont invisibles, on ne pense donc pas à prendre en compte leurs besoins spécifiques. Et cela accélère leur déchéance, tout en renforçant leur dépendance.

Pour engager un cercle vertueux qui restaure leur agentivité, il faut que les personnes concernées se fassent entendre par elles-mêmes. C’est pour cela que notre slogan est : « Rien pour les vieux sans les vieux ». Et notre Conseil national a vocation à être consulté par tous les ministères qui élaborent des politiques publiques, a fortiori celles ayant trait à la vieillesse.

Aurore Berger annoncera ce vendredi des mesures pour le « bien vieillir », qu’en attendez-vous ?

Ce que je comprends c’est que sa démarche s’inscrit dans la poursuite de la réflexion sur le bien vieillir qu’avait lancé Emmanuel Macron, dans le cadre du Conseil national de la refondation. J’imagine qu’elle va reprendre les conclusions du groupe de travail qu’avait supervisé son prédécesseur.

Si c’est le cas, il y a très peu de choses dans cette feuille de route. Et c’est dû au fait que les vieux et les vieilles ne pèsent pas, hélas, dans le débat public. Il faut trouver la bonne façon de se faire entendre.

Vous organisez ce week-end un contre-salon de la vieillesse, pourquoi ?

Il se veut une réponse aux salons des « séniors », organisés régulièrement partout en France par les acteurs de la prise en charge des personnes âgées dépendantes, et qui visent à faire consommer aux vieux des produits pour les vieux. On y trouve des releveurs de toilette, des boissons protéinées et des dispositifs d’alerte en cas de chute… Ce genre de choses très utiles sont généralement achetées par les accompagnants des personnes âgées.

On peut comparer cela à une sorte de « salon des arts ménager » pour les vieux, comme il en existait dans les années soixante pour les femmes. Or nous ne voulons pas être considérés uniquement comme un nouveau marché. C’est pourquoi nous avons décidé d’organiser un contre-salon, à partir des idées de vieilles et de vieux, pour les personnes de leur âge qui ont envie de partager leurs projets et de prendre leur destin en main.

Ce week-end à la Halle des Blancs Manteaux (Paris 3e), il y aura des débats, des ateliers thématiques et plein d’initiatives d’habitat partagé, d’expériences de socialisation et de réflexions sur des thèmes aussi sérieux et variés que la vie affective, la fin de vie, la mort et les obsèques, etc. Je précise qu’il n’y a pas d’âge minimum pour venir !

Source : L’Humanité

Lise